Le multiculturalisme fait-il du tort aux femmes?

Plusieurs étapes importantes ont précédé ce travail qui nous a conduites à la publication de ces Actes de la rencontre organisée pour les dix ans de notre association: “Le multiculturalisme fait-il du tort aux femmes?”

La première étape a été le Forum National de Turin en mars 1996, pendant lequel les termes «migranti e native» a trouvé leur espace dans un grand mouvement de femmes. Pour moi presque tout est parti de là, «du local au global», comme peut-être il n’est plus courant de dire, mais cela n’a pas été facile depuis lors de porter des expériences théoriques et pratiques dans une Imola endormie et provinciale. Il y a douze ans il y avait dans l’air une idée de devenir, quelque chose encore à libérer et à construire dans un monde au féminin (encore restreint au début) qui sentait le besoin urgent d’ouvrir à l’agir politique une partie inéxplorée- le rapport entre les femmes natives et celles qui venaient d’autres pays- et que jusqu’à cette époque seul un certain internationalisme féministe théorique avait essayé de mettre en lumière.

J’avais rencontré des femmes étrangères aux cours d’italien de la CGIL d’Imola et tout de suite j’avais compris que, à la diversité et à la complexité des demandes que ces femmes posaient nécessairement, il aurait du y avoir des réponses concrètes et politiques. Faire une politique féministe du territoire, donner visibilité par l’échange des savoirs et des cultures à des femmes étrangères autrement invisibles, dépasser les stéréotypes, produire des ressources, pouvoir choisir et construire ici la vie qu’elle désiraient. Un projet ambitieux.

Il était nécessaire d’étudier, de se connaȋtre, d’ȇtre curieuses, pas seulement les unes des autres mais aussi de modèles de vie différents, pour en trouver mȇme un où toutes auraient pu se reconnaȋtre. Nous sommes ainsi parties pour des années intenses, fatigantes, pleines d’histoire, de proximités et de distances, de passions et de douleurs, de prises en charge et de soin et de sororité. Mais aussi de rires et de stupeur pour ce que, main dans la main, nous avion la force de faire.

Deuxième étape importante: Gènes mai 2006. «La liberté des femmes est citoyenneté», la rencontre internationale organisé par la revue Marea où ensemble, femmes et hommes engag-é-es contre les intégrisme religieux, nous avons réfléchi à l’autodétérmination des femmes et pour la citoyenneté. Nous étions prȇtes à en parler pour sortir d’une logique qui nous emprisonnait dans un antiracisme neutre qui avait peur de regarder à l’intérieur de soi et de donner un nom à un problème non résolu, l’incorporation des droits des femmes dans la lutte pour les droits humains, mȇme ici dans notre pays.

Dans le groupe de travail que j’ai coordonné à la rencontre de Gȇnes, qui réunissait des associations de femmes travaillant avec des femmes étrangères participait Marieme Helie-Lucas de «Femmes sous lois musulmanes». Je me rappelle qu’elle nous observait dans les difficultés de la traduction simultanée et que à un certain moment elle a éclaté: «mais vous parlez que des services !» En deux mots elle a résumé l’autre grande absence, la prise de parole politique des femmes sur ces thèmes. Je me suis demandée pendant ces années: qu’est-ce qui bloque cette prise de parole collective? Ne nous sentons-nous pas prȇtes? Pensons-nous que ce n’est pas de notre compétence? Avons nous peur d’ȇtre jugées comme des «nouvelles colonialistes»? Je crois que de toute façon nous devons sortir de cette impasse.

Pour notre part nous voulons continuer à accueillir, écouter, alphabétiser des femmes étrangères, mais nous voulons le faire en réfléchissant avec elles sur un futur commun. Et assumant la responsabilité de nommer l’entrecroisement entre patriarcat et fondamentalismes religieux, entre racisme et sexisme. Nous voulons le faire avec nos camarades de wluml, avec le Southall black sisters, avec les femmes du Rajfire de Paris, et les associations des femmes marocaines au Maroc et en Italie. Nous le devons à Hina, à Sanaa, à Marinella, à toutes les femmes qui subissent des abus, des violences, des injustices, et qui continuent à lutter pour leur liberté.

Tiziana Dal Pra, présidente de l’Association Trama di Terre à Imola.

Ce texte est l’introduction des actes du colloque publié à l’occasion des 10 ans de Trama di Terre

 

 

2019-03-19T04:58:55+01:00

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